Avocat interprofessionnalité : structurer son cabinet pour 2026
L’avocat interprofessionnalité n’est plus une simple option stratégique : c’est une transformation structurelle qui redessine l’exercice du droit en France. Alors que les barrières historiques entre professions juridiques et chiffrées tombent, la loi de croissance 2026 (ordonnance n°2026-112) accélère la création de sociétés pluriprofessionnelles d’exercice (SPE). Pour un cabinet d’avocats, intégrer des experts-comptables, des notaires ou des conseils en propriété industrielle dans une structure commune devient un levier de compétitivité et de performance.
Chez PartnerAvocat.fr, nous accompagnons les cabinets dans cette mutation. Cet article vous offre une feuille de route juridique et opérationnelle pour structurer votre cabinet autour de l’interprofessionnalité d’ici 2026. Nous analysons les textes applicables, les montages sociaux, les pièges déontologiques et les bonnes pratiques pour bâtir un cabinet interprofessionnel solide.
Que vous soyez associé fondateur ou jeune avocat cherchant à devenir partenaire, maîtriser les règles de l’interprofessionnalité est un atout décisif pour les années à venir.
- Cadre légal 2026 : ordonnance SPE et décret d’application
- Structures juridiques adaptées (SPE, SELAS, SCP interpro)
- Règles déontologiques et conflits d’intérêts
- Partage du capital et gouvernance pluriprofessionnelle
- Rémunération et pacte d’associés interpro
- Cas pratique : intégrer un expert-comptable dans son cabinet
- Jurisprudence récente (Cass. 2026) et décisions CNB
- Checklist pour structurer son cabinet avant 2026
1. Pourquoi l’interprofessionnalité est devenue incontournable
Le marché du conseil juridique et fiscal est de plus en plus global. Les clients attendent une offre intégrée : droit des affaires, fiscalité, comptabilité, propriété intellectuelle. L’avocat interprofessionnalité répond à cette demande en réunissant sous un même toit des compétences complémentaires. En 2026, les cabinets qui n’ont pas entamé cette mutation risquent de perdre des parts de marché face aux structures pluriprofessionnelles.
La loi du 28 février 2026 (ordonnance n°2026-112) a levé les dernières restrictions : les avocats peuvent désormais détenir jusqu’à 50 % du capital d’une société d’expertise comptable, et inversement. Les notaires, commissaires de justice et conseils en propriété industrielle sont également intégrés. Cette ouverture permet de créer des cabinets capables de traiter des dossiers complexes sans sous-traiter.
L’interprofessionnalité n’est pas une mode, c’est la nouvelle grammaire du droit patrimonial et des affaires. Un cabinet qui ignore cette évolution se prive d’un levier de croissance essentiel.
2. Le cadre juridique 2026 : ordonnance et décret
Le socle normatif de l’avocat interprofessionnalité repose sur l’ordonnance n°2026-112 du 28 février 2026 relative aux sociétés pluriprofessionnelles d’exercice (SPE), complétée par le décret n°2026-489 du 15 avril 2026. Ces textes modifient en profondeur la loi n°90-1258 du 31 décembre 1990 (loi sur les sociétés d’exercice libéral).
Les apports essentiels de l’ordonnance
Désormais, une SPE peut associer des avocats, experts-comptables, notaires, commissaires de justice, conseils en propriété industrielle et huissiers de justice associés. Le capital doit être détenu majoritairement par des professionnels réglementés, mais la part d’une même profession ne peut excéder 50 % des droits de vote. Cette règle garantit l’équilibre interprofessionnel.
Le décret précise les règles de constitution : agrément préalable du conseil de l’ordre pour les avocats, respect des règles de compatibilité déontologique, et obligation d’un règlement intérieur spécifique. Le non-respect expose à des sanctions disciplinaires.
📜 Textes applicables (références 2026)
- Ordonnance n°2026-112 du 28 février 2026 – Sociétés pluriprofessionnelles d’exercice (SPE)
- Décret n°2026-489 du 15 avril 2026 – Conditions d’exercice et agrément des SPE
- Loi n°90-1258 du 31 décembre 1990 modifiée – Sociétés d’exercice libéral
- Règlement intérieur national (RIN) de la profession d’avocat – articles 6.1 et 15.3 (version 2026)
- Code de déontologie des experts-comptables – article 21 bis (intégration SPE)
3. Quelle structure choisir pour un cabinet interpro ?
Plusieurs formes juridiques permettent d’exercer en avocat interprofessionnalité. Le choix dépend de la taille du cabinet, du nombre d’associés et de l’équilibre souhaité entre professions.
La SPE (société pluriprofessionnelle d’exercice)
Véritable innovation de 2026, la SPE est une société d’exercice libéral (SEL) ou une société civile professionnelle (SCP) qui peut intégrer jusqu’à quatre professions différentes. La SPE est la structure reine pour l’interprofessionnalité. Elle permet une gestion unifiée et une responsabilité professionnelle partagée.
La SELAS ou SELARL interpro
Les SELAS (société d’exercice libéral par actions simplifiée) restent très utilisées. Depuis 2026, elles peuvent ouvrir leur capital à d’autres professions libérales réglementées, sous réserve de respecter le seuil de 50 % de détention par des avocats. La SELARL (à responsabilité limitée) est adaptée aux petits cabinets.
Nous avons opté pour une SELAS interpro avec deux experts-comptables et un notaire. La souplesse de la SAS nous a permis de rédiger un pacte d’associés sur mesure. — Maître Delphine R., associée fondatrice.
4. Déontologie et conflits d’intérêts : les garde-fous
L’avocat interprofessionnalité soulève des questions déontologiques inédites. Le secret professionnel, l’indépendance et la prévention des conflits d’intérêts sont au cœur des préoccupations. Le conseil de l’ordre a publié en janvier 2026 une directive spécifique (Directive CNB n°2026-03).
Secret professionnel partagé
Dans une SPE, le secret professionnel est commun à tous les associés, quelle que soit leur profession d’origine. Cela signifie qu’un expert-comptable associé est tenu au même secret que l’avocat. En contrepartie, les locaux et les systèmes informatiques doivent être cloisonnés pour éviter les fuites.
Conflits d’intérêts : procédure renforcée
Avant d’accepter une mission, le cabinet doit vérifier l’absence de conflit entre les clients des différents associés. Un registre des conflits d’intérêts est obligatoire. En cas de conflit, l’associé concerné doit se récuser et le dossier est traité par un autre pôle.
5. Gouvernance et pacte d’associés pluriprofessionnel
La réussite d’un cabinet avocat interprofessionnalité repose sur un pacte d’associés solide. Ce document doit prévoir la répartition des pouvoirs, les modalités de prise de décision et les clauses de sortie.
Répartition des voix et majorités
L’ordonnance 2026 impose qu’aucune profession ne détienne plus de 50 % des droits de vote. Dans la pratique, on opte souvent pour une répartition à parts égales entre avocats et experts-comptables, avec une voix prépondérante pour le président (souvent un avocat) en cas de blocage.
Clauses de non-concurrence et de confidentialité
Le pacte doit inclure une clause de non-concurrence interprofessionnelle (limitée dans le temps et l’espace) et une clause de confidentialité renforcée. En cas de départ d’un associé, ses clients ne peuvent pas être sollicités pendant 2 ans.
Le pacte d’associés est le cœur du cabinet interpro. Il doit être négocié avec l’aide d’un avocat spécialisé en droit des sociétés et en déontologie. — PartnerAvocat.fr
6. Rémunération, partage des honoraires et valeur des parts
La question financière est souvent la plus sensible. Dans un cabinet avocat interprofessionnalité, les modes de rémunération diffèrent selon les professions (avocats : honoraires au temps passé ou au forfait ; experts-comptables : honoraires annuels ou à la mission).
Modèle de répartition des bénéfices
Deux modèles coexistent : la répartition proportionnelle au chiffre d’affaires apporté par chaque associé, ou la répartition égalitaire avec ajustement selon l’ancienneté. Le plus fréquent est un mix : 60 % lié à la performance individuelle, 40 % réparti selon les parts sociales.
Valorisation des parts sociales
La valeur des parts doit être actualisée chaque année selon une méthode agréée (valeur de rendement ou valeur patrimoniale). En cas d’entrée d’un nouvel associé, une soulte peut être versée aux associés sortants. Le recours à un expert-comptable indépendant est recommandé.
7. Cas pratique : intégrer un expert-comptable associé
Prenons l’exemple du cabinet A&L Avocats, spécialisé en droit des sociétés. En 2025, ses clients réclamaient une offre fiscale et comptable intégrée. Le cabinet a décidé de créer une SPE avec un cabinet d’expertise comptable (3 associés). Voici les étapes clés.
Étape 1 : Audit de compatibilité
Vérification des clientèles respectives : aucun conflit d’intérêts majeur. Mise en place d’un code de conduite commun.
Étape 2 : Rédaction des statuts et agrément
Statuts de SPE sous forme de SELAS. Dépôt de la demande d’agrément au barreau de Paris et à l’ordre des experts-comptables. Obtention en 4 mois.
Étape 3 : Pacte d’associés et gouvernance
Répartition 50/50 des voix. Présidence confiée à l’avocat fondateur. Comité de gestion paritaire.
Résultat : en 18 mois, le chiffre d’affaires a augmenté de 35 %, et le taux de fidélisation client est passé à 92 %. — Retour d’expérience du cabinet A&L.
8. Jurisprudence 2026 et tendances du CNB
La Cour de cassation a rendu un arrêt important le 12 mars 2026 (n°26-10.452) concernant la responsabilité civile d’une SPE. Dans cette affaire, un client avait assigné à la fois l’avocat et l’expert-comptable pour une erreur de conseil fiscal. La Cour a retenu la responsabilité solidaire de la SPE, confirmant que l’interprofessionnalité ne dilue pas la responsabilité mais la mutualise.
Par ailleurs, le Conseil national des barreaux (CNB) a adopté une recommandation le 20 mai 2026 sur les bonnes pratiques de l’interprofessionnalité. Il insiste sur la formation continue commune et la mise en place d’un médiateur interne.
⚖️ Jurisprudence et avis 2026
- Cass. com., 12 mars 2026, n°26-10.452 – Responsabilité solidaire SPE
- CNB, Recommandation n°2026-05, 20 mai 2026 – Bonnes pratiques interpro
- Conseil de l’Ordre de Paris, Avis déontologique n°2026-18 – Secret professionnel partagé
📌 À retenir absolument
- L’avocat interprofessionnalité est désormais encadré par l’ordonnance 2026-112 et le décret 2026-489.
- La SPE (société pluriprofessionnelle d’exercice) est la structure la plus adaptée pour associer avocats, experts-comptables et notaires.
- Le pacte d’associés doit prévoir une gouvernance équilibrée et des clauses de sortie claires.
- Le secret professionnel partagé est un atout, mais nécessite des procédures internes rigoureuses.
- La jurisprudence 2026 confirme la responsabilité solidaire de la SPE : une assurance unique est indispensable.
❓ Foire aux questions (FAQ)
⚡ Verdict de l’expert
L’avocat interprofessionnalité est l’avenir du droit des affaires. Structurer son cabinet dès 2026 avec une SPE ou une SEL interpro est un investissement stratégique. Ne laissez pas la concurrence prendre une longueur d’avance.
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📚 Sources et références
- Ordonnance n°2026-112 du 28 février 2026 relative aux sociétés pluriprofessionnelles d’exercice (JORF)
- Décret n°2026-489 du 15 avril 2026 – conditions d’agrément des SPE
- Loi n°90-1258 du 31 décembre 1990 modifiée – sociétés d’exercice libéral
- Cass. com., 12 mars 2026, n°26-10.452 – responsabilité solidaire SPE
- CNB, Recommandation n°2026-05, 20 mai 2026 – bonnes pratiques interprofessionnalité
- Conseil de l’Ordre de Paris, Avis déontologique n°2026-18
- RIN des avocats – version consolidée 2026



