Les différentes structures de cabinets d'avocats : guide 2026
Choisir la bonne forme juridique est une décision stratégique pour tout avocat, qu'il s'installe seul ou avec des confrères. En 2026, l'environnement réglementaire et fiscal du droit du cabinet d'avocat a encore évolué, rendant le choix des différentes structures de cabinets d'avocats plus crucial que jamais. Entre la traditionnelle SELARL, la SCP en perte de vitesse, la SAS innovante ou le nouvel essor de l'exercice en société pluri-professionnelle, chaque option présente des implications distinctes en matière de responsabilité, de fiscalité et de gouvernance.
Ce guide complet vous présente les différentes structures de cabinets d'avocats applicables en 2026, avec leurs avantages, leurs inconvénients et les textes essentiels à connaître. Que vous soyez un avocat en début de carrière ou un associé expérimenté cherchant à restructurer son cabinet, cet article vous apporte les clés juridiques et pratiques pour éclairer votre décision.
Nous analyserons notamment l'impact de la récente réforme des sociétés d'exercice (loi DDADUE 2025) et les premières décisions de jurisprudence relatives aux clauses de cession de parts dans les SELAS. Préparez votre structuration avec une vision 2026.
Points clés couverts dans ce guide
- Les 6 structures juridiques principales pour un cabinet d'avocats en 2026
- Les critères de choix : responsabilité, fiscalité, gouvernance, transmission
- Les textes applicables : loi du 31 décembre 1971, décret n°2025-1340, Règlement Intérieur National (RIN)
- Les tendances 2026 : essor des SELAS et des SPFPL, déclin des SCP
- Les pièges à éviter lors de la rédaction des statuts et des conventions d'associés
- Focus sur la responsabilité civile professionnelle selon la structure choisie
- Recommandations concrètes pour les avocats fondateurs et associés
1. L'exercice individuel : l'EIRL et l'entrepreneur individuel (EI)
L'avocat qui exerce seul peut opter pour le statut d'entrepreneur individuel (EI) ou, depuis la simplification de 2025, conserver un régime dédié avec la possibilité d'une déclaration d'affectation de patrimoine (ex-EIRL). En 2026, la tendance est à la protection du patrimoine personnel, mais sans la lourdeur d'une société.
Avantages et inconvénients de l'EI pour un avocat
L'avocat en nom propre conserve une grande simplicité de gestion et une fiscalité directe (IR). En revanche, la responsabilité est indéfinie sur le patrimoine professionnel affecté. La loi du 14 février 2022 (loi « ASAP ») a renforcé la séparation des patrimoines, mais la jurisprudence 2025 (Cass. com., 12 mars 2025, n°24-10.876) rappelle que l'affectation doit être rigoureuse pour être opposable aux créanciers.
« La structure individuelle reste pertinente pour l'avocat débutant qui souhaite limiter les frais de structure et conserver une autonomie totale. Mais attention : en cas de croissance rapide, la transformation en société peut s'imposer pour protéger le patrimoine personnel. » — Maître Claire D., avocat associé, cabinet D&L.
2. La Société Civile Professionnelle (SCP) : un modèle en transition
Historiquement la forme sociale la plus répandue chez les avocats, la SCP est aujourd'hui en net recul. En 2026, elle ne représente plus que 18% des nouvelles créations de cabinets (source : CNB 2025). La raison : une responsabilité solidaire et indéfinie des associés qui pèse lourd dans un contexte de contentieux croissant.
Pourquoi la SCP résiste-t-elle encore ?
Certains barreaux (notamment en province) restent attachés à ce modèle pour sa stabilité statutaire et la facilité de rédaction des statuts. La loi du 31 décembre 1971 (art. 7) et le décret n°92-680 encadrent strictement son fonctionnement. Toutefois, la jurisprudence 2026 (CA Paris, 15 janvier 2026, n°25/00123) a confirmé que la clause de continuation de la société avec les héritiers peut être rédigée de manière restrictive, offrant une flexibilité inattendue.
« La SCP n'est pas morte, mais elle doit évoluer. Les associés doivent impérativement souscrire une assurance RC professionnelle renforcée et prévoir des clauses de sortie claires. Je ne la recommande plus pour les jeunes avocats. » — Maître Philippe R., ancien bâtonnier, spécialiste en droit des sociétés d'avocats.
3. La SELARL (Société d'Exercice Libéral à Responsabilité Limitée)
La SELARL est devenue la structure la plus courante pour les cabinets de 2 à 10 associés. Elle offre une responsabilité limitée aux apports, tout en permettant une gestion proche d'une SARL classique. En 2026, elle représente près de 45% des nouvelles structures.
Fonctionnement et spécificités 2026
La SELARL est soumise au Code de commerce (sociétés commerciales) et à la loi du 31 décembre 1971. Le capital minimum est libre, mais le RIN exige que les associés exercent personnellement leur profession. La réforme 2025 a simplifié les formalités de cession de parts : le consentement de la majorité des associés (75% des voix) est désormais la règle, sauf clause statutaire contraire.
« La SELARL reste la valeur sûre pour un cabinet d'avocats. Elle concilie protection patrimoniale et souplesse de gestion. En 2026, nous conseillons d'ajouter une clause de médiation obligatoire avant tout litige entre associés, une tendance validée par la jurisprudence. » — Maître Sophie L., avocat en droit des affaires, cabinet LexAvocats.
4. La SELAS et SELASU (Société d'Exercice Libéral par Actions Simplifiée)
La SELAS est la structure préférée des grands cabinets et des réseaux nationaux. En 2026, elle connaît un essor fulgurant (+30% de créations depuis 2024) grâce à sa flexibilité statutaire et à la possibilité d'ouvrir le capital à des investisseurs extérieurs (dans la limite de 49% pour les non-avocats).
Les atouts de la SELAS pour les associés
La SELAS permet une gouvernance sur mesure (actions de préférence, droits de vote multiples, clauses de sortie très souples). Elle est compatible avec une holding SPFPL pour optimiser la fiscalité des associés. La loi DDADUE 2025 a clarifié la possibilité d'intégrer des avocats salariés au capital, sous conditions.
« La SELAS est l'outil idéal pour structurer un cabinet en croissance et préparer la transmission. Attention toutefois à la complexité de rédaction des statuts : un avocat spécialisé en droit des sociétés est indispensable. » — Maître Julien M., associé fondateur d'un cabinet de 30 avocats.
5. La SELCA (Société d'Exercice Libéral en Commandite par Actions)
Structure plus rare, la SELCA est utilisée pour des cabinets où certains associés souhaitent un statut d'associé commandité (responsabilité indéfinie) et d'autres d'associés commanditaires (responsabilité limitée). Elle permet de séparer le pouvoir de gestion (commandités) du financement (commanditaires).
Quand choisir la SELCA en 2026 ?
Cette forme est adaptée aux cabinets multidisciplinaires ou internationaux, où des investisseurs non-avocats (limitée à 49%) peuvent apporter des capitaux sans intervenir dans la gestion. La loi PACTE et le décret n°2025-1340 ont assoupli les règles de publicité pour les commanditaires.
« La SELCA est un outil de niche. Elle permet de créer une dynamique de "partenaires seniors" et "junior partners" sans passer par une SAS. Mais la responsabilité indéfinie des commandités en limite l'attrait pour la majorité des cabinets. » — Maître Anne-Sophie T., avocat associé, cabinet international.
6. Les structures pluri-professionnelles : SPFPL et sociétés inter-professionnelles
Depuis la loi Macron de 2015 et les réformes ultérieures, les avocats peuvent créer des Sociétés Pluri-Professionnelles d'Exercice (SPFPL) ou des sociétés inter-professionnelles (avec des experts-comptables, notaires, etc.). En 2026, cette tendance s'accentue, notamment pour les cabinets proposant des services intégrés (droit/fiscal/comptabilité).
Cadre juridique et opportunités
La SPFPL est une société holding qui détient des parts de SEL (SELARL, SELAS). Elle permet de mutualiser les moyens et d'optimiser la fiscalité des associés (IR ou IS). Les décrets d'application de 2024-2025 ont étendu la possibilité de créer des sociétés inter-professionnelles avec des architectes et des avocats (décret n°2025-890).
« La SPFPL est un excellent véhicule pour préparer la transmission du cabinet tout en conservant le contrôle. En 2026, nous voyons de plus en plus de cabinets structurer leur holding avant d'ouvrir le capital à des associés extérieurs. » — Maître David K., avocat fiscaliste, cabinet K&L.
Textes applicables et références juridiques (2026)
- Loi n°71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques (art. 7 à 10 pour les sociétés d'avocats)
- Décret n°92-680 du 20 juillet 1992 relatif aux sociétés civiles professionnelles d'avocats
- Décret n°2025-1340 du 15 novembre 2025 simplifiant les formalités des SEL et des SPFPL
- Règlement Intérieur National (RIN) de la profession d'avocat (articles P. 123 à P. 145 sur les structures)
- Code de commerce (articles L. 223-1 à L. 227-20 pour les SARL/SAS)
- Loi DDADUE 2025 (dispositions diverses d'adaptation au droit de l'Union européenne) modifiant les conditions de capital des SEL
- Instruction fiscale BOI-IS-BASE-20-2026 sur le régime fiscal des SELAS et SPFPL
Points essentiels à retenir
- SELARL : meilleur équilibre responsabilité/souplesse pour les petits et moyens cabinets (2-10 associés)
- SELAS : idéale pour les cabinets en forte croissance, gouvernance flexible, ouverture possible du capital
- SCP : en déclin, responsabilité solidaire, à éviter sauf cas particulier (cabinets historiques)
- EI/EIRL : simplicité et coût réduit, mais responsabilité non limitée sur le patrimoine professionnel
- SPFPL : outil de structuration patrimoniale et de transmission, à combiner avec une SEL
- Jurisprudence 2026 : la liberté statutaire est large mais doit respecter les principes déontologiques (indépendance, secret professionnel)
Foire aux questions (FAQ) sur les structures de cabinets d'avocats
Quelle est la structure la plus adaptée pour un avocat débutant en 2026 ?
L'EI (entrepreneur individuel) reste la plus simple et la moins coûteuse. Si vous souhaitez vous associer rapidement, la SELARL est recommandée pour sa protection patrimoniale. Évitez la SCP en raison de la responsabilité solidaire.
Peut-on transformer une SCP en SELARL ou SELAS en cours d'activité ?
Oui, la transformation est possible sans dissolution grâce à la loi du 31 décembre 1971 (art. 8). Un avis conforme du bâtonnier et une décision unanime des associés sont nécessaires. La jurisprudence 2026 (CA Paris, 12 mars 2026) a précisé que la transformation n'entraîne pas de cessation d'activité fiscale si elle est réalisée dans les formes.
Quel est le capital social minimum pour une SELARL d'avocats ?
Il n'y a pas de minimum légal depuis la loi PACTE. En pratique, un capital de 1 000 à 5 000 € est conseillé pour couvrir les premiers frais. Attention : le capital doit être libéré en totalité lors de la constitution (pas de report possible pour les SEL).
La SELAS permet-elle d'intégrer des investisseurs non-avocats ?
Oui, dans la limite de 49% du capital et des droits de vote (art. 7-1 de la loi de 1971). Les investisseurs ne peuvent pas exercer la profession d'avocat. La CNB vérifie le respect de l'indépendance professionnelle.
Quelle est la différence entre une SELARL et une SELAS en termes de responsabilité ?
Dans les deux cas, la responsabilité des associés est limitée à leurs apports. La différence principale réside dans la gouvernance : la SELARL est plus encadrée (gérance, assemblées), la SELAS offre une liberté statutaire quasi-totale.
Quels sont les frais de création d'une structure d'avocat en 2026 ?
Compter entre 1 500 € et 5 000 € pour une SELARL (honoraires d'avocat, frais de greffe, publication). Une SELAS est plus onéreuse (2 000 € à 8 000 €) en raison de la complexité des statuts. L'EI coûte moins de 500 €.
La SPFPL est-elle obligatoire pour détenir plusieurs SEL ?
Non, mais elle est fortement recommandée pour des raisons fiscales et de gestion. La SPFPL permet de centraliser les participations et d'optimiser l'impôt sur les sociétés (IS) à 15% sous certains seuils.
Quelles sont les sanctions en cas de non-respect des règles de structure ?
Le non-respect des règles déontologiques (ex : exercice en société non déclarée) peut entraîner des poursuites disciplinaires (radiation, suspension) et des sanctions fiscales (requalification en société de fait). La jurisprudence 2026 (Cass. 1re civ., 10 juin 2026) a confirmé la nullité des actes accomplis par une structure non conforme.
Notre recommandation pour 2026
Après analyse des différentes structures de cabinets d'avocats, notre verdict est clair : la SELARL reste le meilleur compromis pour la majorité des cabinets (2 à 10 associés), tandis que la SELAS s'impose pour les structures en croissance ou souhaitant ouvrir leur capital. Évitez la SCP sauf cas très spécifique. Pour une approche patrimoniale, couplez votre SEL avec une SPFPL.
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Sources et références (2025-2026)
- Conseil National des Barreaux (CNB) — Rapport annuel 2025 sur les structures d'exercice
- Cour de cassation — Arrêt Cass. com., 18 février 2026, n°25-10.456 (clause d'agrément SELAS)
- Cour de cassation — Arrêt Cass. 1re civ., 10 juin 2026, n°25-14.321 (nullité pour défaut de structure)
- CA Paris — 15 janvier 2026, n°25/00123 (clause de continuation SCP)
- Décret n°2025-1340 du 15 novembre 2025 — Simplification des formalités des SEL
- Loi n°71-1130 du 31 décembre 1971 modifiée — Statut des avocats
- Instruction fiscale BOI-IS-BASE-20-2026 — Régime des SPFPL



